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Nocturnes   Mar 2 Oct - 11:48

Nocturnes
Avec Héra Greengrass






Il régnait au sein du bar aquatique une ambiance indolente, nonchalante. Bercés par les lumières éthérées du plafond maritime qui projetait sur eux ses figures dansantes, les sorciers et les sorcières qui occupaient les lieux laissaient de côté leurs tourments quotidiens le temps d'une soirée, coulant leurs problèmes au fond de leurs verres, vidant leurs têtes pleines de tracas dans la fête et les rires. On s'amusait, on riait, on dansait un peu aussi.
Casper ne riait pas, dansait encore moins, et ne s'amusait certainement pas.
Adossé aux creux d'un angle de mur mal éclairé, les bras croisés contre son torse agité d'une respiration trop lente pour être naturelle, il couvait l'assemblée festoyante d'un regard perçant. Comme un animal en territoire inconnu, il sondait chaque visage qu'il rencontrait, analysait chaque mouvement qu'il percevait. Les lueurs bleuâtres qui traversaient le ré-de-chaussez  donnait un aspect cireux à son teint blafard et dessinaient sur son visage les ombres de ses larges cernes. Ses vêtements, usés et élimés, avaient connu des jours meilleurs. A deux mètres de lui se tenait une scène, avec un piano, qu'on avait installé là spécialement pour lui. Ses yeux se posèrent sur l'instrument et s'adoucirent un peu. Si cette marée humaine qui s'agitait dans ces fauteuils luxueux en dégustant des cocktails lui était parfaitement étrangère, au sens philosophique du terme, la présence de ce massif clavicorde au bois magnifiquement taillé l'enchantait. Un bref regard à une des horloges qui décorait la pièce lui indiqua qu'il était temps pour lui de se préparer à performer. Il ne s'était pas rendu au milieu de toute cette effervescence pour rien.  Même un marginal solitaire comme lui se devait de gagner son pain. Dépliant avec raideur sa mince silhouette jusque-là repliée sur elle-même, il se dirigea d'un pas lent, prudent même, jusqu'au siège du piano et s'y installa. Ignorant les regards curieux qui se posaient petit à petit sur lui, il découvrit le clavier et effleura les rectangles noirs et blancs qui s'étendaient sous ses doigts. Quelques notes de musiques se perdirent dans les airs, achevant de ramener l'attention sur lui. Indifférent aux murmures qu'il suscitait, il appuya sur quelques touches, s'échauffant en vue de l'exercice qui s'annonçait. La plupart des artistes qui se produisaient sur la scène du bar aquatique se présentaient au public avant de commencer leur récital, mais Casper n’avait que faire de ce genre de considération. A l'instant où ses doigts avaient touchés le clavier, son esprit s'était égaré dans un autre monde qui n'appartenait qu'à lui. Sa tignasse d'ébène recouvrant la moitié de son visage, le dos vouté comme un rapace, les yeux fixés dans l'infini, sans même attendre que le silence ne se fasse, il commença à jouer.
La plupart des clients du bar l'écoutaient, mais il y avait encore quelques éclats de voix qui fusaient dans les airs, sans pour autant le déconcentrer. Ses doigts parcouraient le clavier avec une dextérité qui contrastait avec l'apparente raideur qu'il affichait jusque-là. Ses mains étaient longues, fines et souples, de belles mains s'il elles n'avaient été si abimées. Cicatrices, bleus, ongles rongés...
"Il y a du sang sur tes jolies mains..."
Il sursauta violemment et il ripa sur plusieurs notes, une erreur que les mélomanes de l'assemblée ne manqueraient pas de remarquer. Un souffle glacial sur sa nuque. Pas elle. Pas maintenant. Il continuait de jouer, mais son visage déjà pâle venait de perdre les dernières couleurs qui lui restait. Sa musique se fit plus intense, presque violente. C'était très beau. A présent tous les regards étaient tournés sur ce jeune pianiste à l'étrange allure.
"Tu ne t'es jamais demandé comment elles pouvaient encore créer quelque chose de beau après tout ce que tu as fait ?"
C'était à peine s'il contrôlait ses gestes. Il faisait corps avec la musique, s'y abandonnait pour échapper à cette voix qui murmurait à son oreille. Ne pas réfléchir, ne pas penser. Juste jouer. Se perdre dans les notes jusqu'à n'être plus rien. Ses doigts se déplaçaient à une vitesse impressionnante sur le clavier, voltigeant de touches en touches.
"Pourquoi tu n'as jamais joué de piano pour moi Cass ? Je croyais que nous étions amis."
Ne pas s'arrêter. Surtout pas. Il était en transe, perdu dans son monde. L'existence du public autours de lui s'était totalement dissipée, seul restait la musique. Il s'accrochait aux notes comme un naufragé s'accrocherait à une bouée. Ses yeux étaient clos. Si son visage n'exprimait rien d'autre qu'une profonde concentration, chacune de ses notes étaient empruntes de ses émotions les plus purs.
Douleur. Colère. Tristesse. Un peu d'espoir, peut-être. Mais de la joie, aucunement.
Il n'avait absolument aucune idée de ce qu'il était en train de jouer. Son esprit était habité par une fulgurance artistique qui ne laissait aucunement place à la planification. Le jeune homme n'avait absolument pas conscience qu'il jouait merveilleusement bien.
Lorsque les ultimes notes s'évanouirent dans le silence, il ouvrit les yeux et se tourna vers l'assistance. Durant les dernières secondes de son morceaux, il avait totalement oublié de respirer. Haletant, en sueur, le retour à la réalité n'était pas simple. Les applaudissements le sortirent de sa léthargie. Il battit des paupières, prenant conscience que c'était lui qu'on félicitait aussi chaleureusement et baissa le regard sur ses mains. Elles tremblaient violemment. Après une profonde inspiration, la pianiste se leva et s'inclina maladroitement. Même s'il était assez misanthrope, les éloges étaient loin de le laisser indifférents. Il se permit même un timide sourire, qui vint éclairer son visage vaguement halluciné.
"Tu es adorable quand tu souris."
Son visage se décomposa aussitôt. Ses ongles allèrent gratter frénétiquement sa nuque, comme pour chasser la présence derrière lui. Une présence invisible, ancrée dans son esprit malade. Parfois, elle n'était qu'une petite voix, douce et mélodieuse, pourtant froide comme une lame de couteau. Parfois, il la voyait parfaitement, se mouvant dans la foule comme s'il elle était encore vivante, lui souriant de toutes ses dents. Parfois, il la sentait sous sa peau, serpentant dans ses veines comme un poison qui nécrose la chair. Dans ces moment-là, pour qu'elle parte, il prenait un objet tranchant et...
Une main se posa sur son épaule. Il se retourna violemment, prêt à se jeter sur un ennemi potentiel. Ce n'était qu'un client du bar qui venait lui donner un pourboire. Le coeur encore battant, il accepta en bafouillant, regardant obstinément ses pieds.
Kayla était partie.
Ayant complètement perdu la notion du temps, il fût très étonné de constater qu'il jouait depuis plus d'une heure. Il était temps de laisser la place à d'autres artistes venus se produire. Sans trop savoir où allé, il se dirigea à l'autre extrémité du bar pour s'installer à la table la plus éloignée de toutes formes de vie humaine. Seul. Même sans personne à ses côtés, il l'était trop rarement. Alors qu'il traversait la foule, son regard fut attiré par un visage qui se détachait de tous ceux qui composaient la foule. Il fronça du nez. Cette jeune fille là-bas lui rappelait quelque chose. Sa curiosité titillée, il fit quelques pas vers elle, fendant la foule...avant de faire demi-tour et s'installer à sa table. Chasser le naturel, il revient au galop. Casper avait tout simplement trop peur pour aller aborder quelqu'un. Peur de parler, peur de ces rouages complexes que l'ont qualifie de "codes sociaux" que tous semblent si bien maîtriser mais qui étaient pour lui un mystère insondable. Sourire, répondre aux questions, ne pas trop dire, ne pas trop se taire, ne pas aborder les sujets qui fâchent, ne pas être monotone...déjà adolescent, Casper fuyait comme la peste les autres pour éviter ce genre d'interactions, et la situation n'était pas allée en s'arrangeant.
Il semblait condamné à la solitude, et en regardant la carte des boisons d'un oeil morne, il songea tristement que c'était sans doute mieux comme ça.

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Re: Nocturnes   Mar 2 Oct - 19:10




Nocturnes


Avec Casper Fawley

La porte se referma lourdement derrière la sorcière qui venait d'entrer dans le bar aquatique. Avant même qu'elle ne puisse observer la salle, la chaleur provoquée par l'accumulation des corps qui l'emplissaient l'enveloppa. Si on exceptait les concerts tardifs qui rassemblaient de nombreux fêtards, elle n'y avait jamais vu tant de monde. Un calme olympien régnait malgré tout sur le lieu. Quelques bavardages hasardeux brisaient le silence presque pesant, mais c'était tout. Le fait que tous se taisent de la sorte était plus qu'étrange, mais Héra n'avait pas le temps de s'y attarder. Elle se dépêcha de trouver une table des plus à l'écart et de s'y installer.

Une poignée de secondes après son arrivée, alors qu'elle venait à peine de s’asseoir, une douce mélodie s'éleva. Elle scruta les alentours afin d'en trouver la provenance. Son regard s'arrêta alors sur la frêle silhouette d'un pianiste. C'était donc lui qui avait provoqué ce mutisme. Elle s'était immiscée dans un moment de flottement, l'attente de la passade d'une note à la suivante. Ce n'était pas pour assister à un concert dont elle ne savait même pas qu'il était donné qu'elle s'était déplacée, mais elle ne regrettait en rien d'en profiter. La musique qui s'évadait de l'instrument était merveilleuse, presque mystique. Elle n'était pas certaine d'en avoir déjà entendue de pareille. Ce n'était pas des sons qui, lui parvenaient mais bien des émotions brutes sous couvert d'une beauté bruyante. Des sentiments qui sonnaient douloureusement vrais et atteignaient violemment son âme, qu'elle aurait aimé pouvoir repousser sans en être capable. L'écho d'un terrible passé qu'elle déniait sans cesse.

Son esprit ne pouvait néanmoins s'abandonner complètement aux morceaux hypnotiques. Elle devait surveiller obstinément les passants afin d'interpeller l'homme avec lequel elle avait rendez-vous, s'il daignait se montrer un jour. Donner ainsi des interviews à répétition sur des sujets qui l'intéressaient de moins en moins commençait à sérieusement l'ennuyer. D'autant plus lorsqu'on ne prenait même pas la peine de la rejoindre. Car une demi-heure plus tard, elle était toujours seule.

Lasse, elle observa le fond de son verre. Quelques gouttes prunes s'y trouvaient encore, ondulant de droite à gauche suivant l'inclinaison qu'elle donnait au gobelet. Là encore, rien de passionnant qui puisse l'occuper plus d'une minutes ou deux. Elle le reposa dans un soupir, reportant son attention sur la foule. Un brouhaha plus conventionnel s'installait progressivement et elle remarqua que la musique avait cessée. L'artiste ne se trouvait d'ailleurs plus à sa place centrale. Le cherchant du regard, elle put le voir à quelques mètres d'elle entamer une légère avancée dans sa direction pour se raviser et se détourner. Elle n'avait pas eu le temps de saisir les traits de son visage ou voir ce à quoi il ressemblait, mais par sa seule présence, il était parvenu à l'intriguer. Ce fut pour cette raison qu'elle le suivit, sans trop savoir pourquoi. Elle avait horreur des mystères qu'elle ne pouvait résoudre.

Incertaine, elle resta à distance un instant avant d'oser le rejoindre. Son intrusion ne serait peut-être pas bienvenue, mais elle ne doutait pas qu'il le lui ferait alors savoir. Une fois suffisamment près de lui pour qu'il l'entende, elle se lança.

" - Salut. Ça te dérange si je me joint à toi ? "

Elle ne tutoyait pas les gens qu'elle ne connaissait pas. Pourquoi avait-elle rompu avec cette habitude ? Elle n'en avait pas la moindre idée. C'était dit et trop tard pour revenir en arrière. De toutes manières elle était préoccupée par un tout autre sujet que les mots qu'elle avait prononcés.

Elle découvrait enfin ce à quoi il ressemblait. Sa beauté pourtant ne la frappa pas. Son visage était harmonieux, certes, mais ce ne fut pas ce qui la captiva. Ce qu'elle voyait flotter dans ses yeux lui paraissait tellement plus réel. Une obscurité reflétant les ténèbres. Un néant indéfinissable, insaisissable. Son regard sombre renfermait tout ce qu'elle ne pouvait imaginer. Tout ce qu'elle ne pouvait comprendre. Tout ce qu'elle ne pouvait concevoir. Tout ce qu'elle avait peut-être pourtant vécu.

L'intensité de ses iris, tout ce qu'elles abritaient, ne pouvait que la fasciner. Elles étaient si pures tout en étant douloureusement amochées. Une pierre brute que l'on avait taillée au prix du sang et de la souffrance. Une paisible existence avortée par un destin injuste. Et ces pupilles qui sonnaient affreusement justes. Saisissantes. Vivantes. Mortelles.

Il émanait de tout son être un puissant aura de danger. Une brume noire dansait presque autour de son corps, se mouvant en symbiose de chacun de ses mouvements. Elle frôlait sa peau, s'y liant en une délicieuse caresse destructrice. Ses desseins assassins pouvaient se lire sur sa chaire à condition d'en connaître l'alphabet singulier que personne ne saurait décrypter. Le secret le bordait.


Par Héra Greengrass



Sage comme un orage.
Elle mentait à tous. À sa famille, à ses amis, aux inconnus. Elle mentait au temps, aux lieux, au monde. Elle mentait à son passé, à son présent, à son futur. Mais surtout, elle se mentait à elle-même.

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Re: Nocturnes   Jeu 4 Oct - 11:30

Nocturnes
Avec Héra Greengrass







Quelques secondes furent nécessaire à Casper pour comprendre que la jeune femme s'adressait à lui. Le visage partiellement caché par ses boucles brunes, il risqua un coup d'oeil autours d'eux. Personne. C'était bien à lui qu'elle parlait. La question qu'elle lui posait le prenait de court. Est-ce-que cela le dérangeait ? Dans d'autres circonstances, la réponse était oui. La compagnie des autres le perturbait beaucoup trop pour qu'il apprécie une conversation autours d'un verre. Pourtant, s'il avait véritablement souhaité la solitude, il aurait quitté ces lieux de fête et d'allégresse dès la fin de son récital. La raison qui le poussait à rester était un mystère, tout comme celle qui avait conduit cette personne a chercher sa compagnie, pourtant peu avenante.  Etait ce les quelques pas qu'il avait fait dans sa direction qui l'avaient attirés près de lui ?
Ce n'était pas pour rien qu'il s'était approché d'elle. Quelque chose chez cette fille l'intriguait. Sa mémoire humaine avait balayé son visage de ses méandres déjà chaotiques, mais le loup qui vivait en lui connaissait son visage, sa présence. Son parfum. Il résista à l'envie de se transformer pour mieux sentir son odeur. La plupart des gens se sentaient menacés quand un gros loup venaient les renifler et il ne tenait pas particulièrement à attirer l'attention sur lui. Ni à lui faire peur.
Sans dire mot, il tira le fauteuil à côté de lui et lui fit signe de s'installer.
Ses ongles vinrent se crisper sur sa nuque, tandis qu'il observait le moindre de ses mouvements. Casper agissait constamment comme un animal en danger et même s'il éprouvait pour cette fille une légère, mais certaine, sympathie, il se tenait prêt à réagir aux moindres gestes suspects. Les gens étaient bien trop imprévisibles pour ne pas être dangereux.  
S'il était passé maître dans les arts musicaux, celui de la conversation lui échappait encore. Observer les gens était pour lui plus facile, et plus révélateur. Les mots lui semblaient toujours des pièges. On pouvait les enjoliver, les tordre et les façonner, bien les choisir pour mieux manipuler. Il se méfiait des gens trop bavards, trop à l'aise à l'oral.
"Je m'appelle Casper." dit il après un temps. Sa voix était basse, monocorde même. Pas un mot plus haut que l'autre. Un contraste complet avec son visage presque fiévreux, sur lequel on pouvait lire toutes ses émotions pour peu qu'on sache les décrypter, et sa musique à vif. Il ne quittait pas des yeux celle qui était maintenant sa camarade de soirée, sans pour autant soutenir directement son regard. Ses pupilles sombres étaient constamment à l'affut, à la recherche du moindre détail à analyser.
"...Tu viens souvent ici ?"
Ca sonnait faux, comme une phrase apprise par coeur. S'en était une. En vérité, ce n'était pas ce qu'il voulait savoir. Il voulait lui poser des questions sur qui elle était, de quels abysses du passé elle était revenue. Mais  poser cette question revenait à ouvrir la porte sur sa propre histoire, une porte qu'il tentait vainement de verrouiller de colmater depuis des années. Comme il n'était doué ni pour la conversation, ni pour obtenir des informations subtilement, Casper se contentait de répéter des mots qu'il avait mémorisé pour essayer d'engager la conversation. Pour palier à sa nervosité, le sang-pur triturait sa serviette de table à l'aide de son autre main, la transformant en confettis.


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Re: Nocturnes   Jeu 4 Oct - 16:31




Nocturnes


Avec Casper Fawley

Le garçon l'observa, indécis. Ce fut finalement une réponse muette qu'il lui donna, tirant l'assise installée à ses côtés pour l'inviter à y prendre place. Héra s'y assis sans parole inutile, ne sachant comment considérer ses agissements. Un simple oui l'aurait engagée à faire la conversation mais elle ne savait dans ces conditions comment se comporter.

Son attitude était tellement étrange. Il se produisait sur scène, s'exposant à la vue de tous, et elle ça ne l'empêchait pas de ressentir son immense malaise alors qu'elle l'avait rejoint. En était-elle la cause ? Était-il de ceux qui prenaient soudainement courage lorsqu'ils se muaient en artiste pour se terrer dans leur timidité dès qu'ils ne redevenaient qu'humain ?

Confuse devant ses gestes incontrôlés, elle étira son sourire qui ne la quittait pas pour tenter de dissiper sa gêne. Si elle pouvait l'aider d'une manière ou d'une autre elle s'y appliquerait. Incapable de décréter si c'était ou non son rictus qui avait déclenché ce soudain élan, elle écouta le garçon enfin entamer la discussion.

" - Je m'appelle Casper.

Ce prénom semblait lui être familier sans qu'elle ne parvienne à le resituer. Elle avait pourtant assez bonne mémoire, raison pour laquelle elle conclut ne l'avoir entendu qu'au détour d'une conversation. Sinon elle se serait rappelé l'avoir déjà rencontré, ou dans quelles conditions on avait pu parler de lui. Ce n'était pas une appellation des plus communes et elle ne voyait pas qui d'autre que lui elle avait pu voir la porter.

- Héra, se présenta-t-elle à son tour sobrement. Inutile d'en faire trop. S'il ne lui donnait pas son patronyme, elle ne voyait pas l'intérêt de le faire.

Un lourd silence se réinstalla un instant. Elle ne voulait pas le briser, de peur de déranger l'inconnu - Casper - de ses questions. Comme à son habitude, elle faisait tout pour rester aimable et agréable sans qu'elle n'ait l'impression pour autant qu'il en soit plus à son aise.

- Tu viens souvent ici ? Poursuivit-il après un temps.

Il se sentait visiblement obligé de continuer à interagir avec elle. Elle ne comprit pas pourquoi il faisait cet effort, mais qu'importe. Le fait qu'il prenne cette initiative une nouvelle fois l'encouragea et elle se décida à se lancer plus librement.

- Pas vraiment, je sors assez peu. C'est surtout pour rencontrer des gens avec lesquels je travaille. Je suis journaliste. Historienne. Enfin, un peu les deux.

Sans prendre le temps de lui demander si lui était un habitué, elle ne put s'empêcher d'évoquer un tout autre sujet. Il fallait qu'elle le félicite pour sa prestation qu'elle avait trouvée absolument magnifique. Rares étaient les artistes aussi doués, et si elle ne pouvait le lui confier en ces mots, elle se devait de lui avouer à quel point elle avait apprécié sa musique.

- Je t'ai vu jouer toute à l'heure. Ou entendu, plutôt. C'était impressionnant et vraiment sublime. Il ne me semble pas avoir déjà vu un pianiste être si juste dans son morceau. Et je ne parle pas de technique. "

Elle-même n'était pas mauvaise, mais ça n'avait strictement rien à voir. Lorsqu'elle jouait elle ne se donnait pas corps et âme comme lui le faisait - c'est ce qu'elle avait crû percevoir du moins. Ses moyens d'expression étaient tout autre, passant à travers les mots muets qu'elle notait ou les œuvres qu'elle peignait lorsqu'elle en ressentait le besoin. Et encore, les quelques révélations qu'elle se faisait lui restaient obscures puisqu'elle refusait obstinément de leur donner un sens.

La foule d'émotions brutes qui l'avaient envahie lors du concert ne trompaient pas. Il vivait à travers son oeuvre. Les notes qui s'élevaient, sa pression sur les touches, la mélodie tranchante dévoilaient les sentiments que, comme elle, il devait chercher à tous prix à enfouir. Une existence invisible qui ne s'exprimait qu'à travers l'Art. Et peu étaient ceux à parvenir à la percevoir.


Par Héra Greengrass



Sage comme un orage.
Elle mentait à tous. À sa famille, à ses amis, aux inconnus. Elle mentait au temps, aux lieux, au monde. Elle mentait à son passé, à son présent, à son futur. Mais surtout, elle se mentait à elle-même.

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Re: Nocturnes   Mer 10 Oct - 23:05

Nocturnes
Avec Héra Greengrass






Héra.
Ce nom résonnait en lui, mais son écho se perdait dans les méandres de ses souvenirs encore à vif. Ce nom, il l'avait entendu. Héra, la grande déesse, la femme meurtrie, l'épouse vengeresse, l’ implacable immortelle...Héra, l'inconnue, dont les yeux pleins d'ombres avaient capté les siens. Il retint vaguement qu'elle exerçait le métier de journaliste, ou d'historienne. Il n'osa demander plus de détails. La suite de ces paroles accapara toutes ses pensées.
"- Je t'ai vu jouer toute à l'heure. Ou entendu, plutôt. C'était impressionnant et vraiment sublime. Il ne me semble pas avoir déjà vu un pianiste être si juste dans son morceau. Et je ne parle pas de technique. "
Il savait exactement ce qu'elle voulait dire. Ce flot intarissable d'émotions qui l'assaillait à l'instant où ses doigts effleurait le clavier. Rien que de l'évoquer suffisait pour lui donner des frissons. Ses boucles ébènes vinrent cacher la moitié de son visage alors qu'il baissait la tête, une mains toujours crispée sur sa nuque.  L’autre faisait onduler ses doigts sur la table de bois, au rythme d’une musique que lui seul percevait.
‘’- Merci…’’
Casper était peut-être un loup solitaire, mais il était aussi très sensible aux compliments. Une douce nuance de rose vint colorer ses joues blafardes, avant de se muer en une véritable teinte pourpre. Comme pour dissimuler cet élan de timidité, il baissa encore plus la tête, jusqu’à ce que ses yeux rencontrent les petits bouts de serviettes qu’il avait massacrés de ses manies compulsives. Eparpillés sur le bois sombre, ils lui évoquaient des nuages dispersés par la tempête. Même si son attitude laissait penser qu’il était mal à l’aise, ce qui légèrement le cas, il ne se contenta pas d’un simple remerciement.
‘’- Je faisais beaucoup de piano quand j’étais enfant, et j’ai reprit il y a quelques années…Cinq ans je crois…’’   Au grès de ses mots, sa voix s’adoucissait, s’éclaircissait. Il était rarement aussi émotif devant son instrument qu’il l’était dans la vie de tout les jours, mais parler de sa passion révélait son tempérament passionné trop bien caché.
‘’- Je m’essaye au violon, ça m’aide…’’ Patience. Délicatesse. Rien de mieux pour poser ses gestes et faire le vide. Se calmer, avant de faire ou de dire des choses qu’il regretterait. Avant qu’il n’ait à expliquer en quoi le violon pouvait l’aider, Casper enchaina.   ‘’- Mais le piano-…’’ Il releva brusquement la tête, dans un mouvement aussi soudain qu’imprévisible, et recula contre le dossier de son fauteuil pour mieux ramener ses genoux contre lui. Depuis tout petit, le sang-pur avait une mauvaise habitude qu’aucune des remontrances paternels n’avait jamais endiguer. Il semblait tout simplement incapable de s’asseoir correctement sur une longue durée. ‘’—…-le piano, c’est autre chose. Ce n’est pas l’instrument qui demande le plus de technique ou de virtuosité, tu vois, c’est pas comme le violon, où si tu ne sais pas enchaîner trois notes, ça ressemble au cris d’un âne qu’on égorge. ’’ Remarquant qu’il était en train de se perdre dans ses explications, il baissa de nouveau la tête et commença à bafouiller. ‘’—….Enfin, ce que je veux dire…ce que j’essaye de dire c’est que…je trouve le piano mieux pour…extérioriser des émotions ? ’’ Il se sentait ridicule. Ses ongles grattaient frénétiquement sa chair et il évitait sciemment le regard de Héra. ‘’—….Que…quand on veut exprimer quelque chose, pour que la créativité soit à son maximum, il ne faut pas perdre de temps avec l’aspect technique, il faut que ce soit naturel, que l’instrument soit le miroir de…  ’’ Ses mots moururent d’eux-même dans sa gorge. Voilà pourquoi il ne parlait jamais. Lorsqu’il le faisait, il s’emportait, et il ne savait pas comment gérer le dialogue.
Son malaise était palpable. Sans qu’il ne se rende compte, il se balançait légèrement d’avant en arrière sur son siège, un habitude dont il n’était jamais parvenu à se défaire.
‘’—….mais…  ’’ Il inspira un grand coup. ‘’—….je suis content que tu ai aimé. ’’ Il était sincère. ‘’—Pardon, désolé, je...Tu fais de la musique aussi ?"

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Re: Nocturnes   Sam 13 Oct - 16:03




Nocturnes


Avec Casper Fawley

Alors qu'elle s'était imaginé que le complimenter aurait pu le détendre – même si ce n'était pas dans ce but qu'elle le lui avait fait – il n'en fut rien. Visiblement toujours aussi mal à l'aise, il abaissa la tête sans qu'elle ne le quitte des yeux, fronçant les sourcils. Son comportement était décidément particulier. C'était peut-être justement pour cette raison qu'elle l'avait abordé. Cette étrangeté singulière qu'il renvoyait.

"- Merci …

Le sourire de la sorcière s'attendrit lorsqu'elle crû le voir rougir. Elle n'en avait aucune certitude étant donné qu'il ne dissimulait que d'autant plus son visage, mais elle était presque certaine d'avoir vu ses joues virer au cramoisi.

- Je faisais beaucoup de piano quand j’étais enfant, et j’ai reprit il y a quelques années … Cinq ans je crois … Je m’essaye au violon, ça m’aide …

L'aider ? La sorcière n'aurait pas eu l'indélicatesse de le questionner, sachant pertinemment qu'il ne lui aurait fournit aucune explication, mais il avait une nouvelle fois piqué sa curiosité. Ses mots lui avaient échappé et elle aurait aimé saisir leur signification.

- Mais le piano …

Alors qu'elle s'imaginait qu'il observerait la table jusqu'à la fin de leur conversation, il se redressa. Il surprit – agréablement – Héra qui en profita pour attraper son regard. La sorcière considérait que celui-ci permettait d'en apprendre bien plus que les mots.

- Le piano, c’est autre chose. Ce n’est pas l’instrument qui demande le plus de technique ou de virtuosité, tu vois, c’est pas comme le violon, où si tu ne sais pas enchaîner trois notes, ça ressemble au cris d’un âne qu’on égorge.

Elle étouffa un éclat de rire face à sa comparaison, ne désirait pas l'interrompre. Celui-ci mourut néanmoins bien vite lorsque Casper revint à sa contemplation du plateau de bois.

- Enfin, ce que je veux dire … Ce que j’essaye de dire c’est que … Je trouve le piano mieux pour … Extérioriser des émotions ? Que… Quand on veut exprimer quelque chose, pour que la créativité soit à son maximum, il ne faut pas perdre de temps avec l’aspect technique, il faut que ce soit naturel, que l’instrument soit le miroir de…  

Le miroir de l'âme ? Elle avait déjà entendu cette expression.sans jamais l'appliquer à la musique. Ce terme ne lui semblait d'ailleurs dans ce cas pas correct. Lorsque leur reflet restait objectif, la mélodie s'épanchait, se transformait, pouvant mentir au gré de ce qu'on lui infligeait. Nul n'était lucide face à ses propres sentiments et n'était en capacité de les retranscrire avec exactitude. D'autant plus lorsque l’œuvre était soumise à l'interprétation.

- Mais …  Je suis content que tu ai aimé. Pardon, désolé, je...Tu fais de la musique aussi ?

- Tu n'as pas à t'excuser.

Elle aimait écouter les autres. Ce n'était pas le genre de personne à vouloir se mettre en lumière et être le centre d'attention, bien au contraire. Se taire, rester attentive, recevoir les confidences avec bienveillance lui paraissait bien plus agréable. S'il lui avait parlé c'est qu'il en avait ressentit pour une raison ou une autre le besoin et elle n'allait pas le lui reprocher.

- Avant oui, reprit-elle en lui répondant, mais j'ai dû arrêter il y a … Un bon moment. Je jouais aussi du piano, et ce n'est pas l'instrument le moins imposant qui soit. Mon studio est pas bien grand et j'ai pas la place nécessaire pour avoir le mien.

Elle s'arrêta un instant, pensive. Ça lui manquait, énormément même, mais elle n'avait pas le choix. De toutes manières elle n'avait pas les moyens de s'en acheter un et ne pouvait récupérer celui de chez ses parents. Son père avait prit soin avant de mourir à ce qu'elle n'hérite de rien et elle n'avait donc aucun droit de succession sur leurs biens. Ce n'était bien sûr pas si simple, et si elle ne voulait rien recevoir d'eux, il était tout simplement impossible de lui retirer toute légitimité. Elle était leur seule héritière. Des procédures dont elle ne voulait pas étaient en cours pour qu'elle obtienne un jour ce qui leur appartenait.

- Pour compenser, je peins. Ce n'est pas pareil, mais ça reste moins encombrant si on trouve où ranger les toiles, rit-elle sans s'étaler. Même si c'est différent, ça reste de l'art, et je ne m'encombre pas de techniques, comme tu l'évoquais toute à l'heure.

L'observant un instant, elle soupira. La gêne du jeune homme ne retombait pas, bien au contraire, et elle voulait l'aider à se sentir plus à l'aise sans savoir comment s'y prendre. S'intéresser à son état qui pouvait paraître préoccupant serait déjà un début.

- Est-ce que tout va bien ? "

Elle n'était pas assez ambitieuse pour penser qu'elle pourrait dissiper son malaise mais espérait au moins ne pas l’accroître avec cette question.


Par Héra Greengrass



Sage comme un orage.
Elle mentait à tous. À sa famille, à ses amis, aux inconnus. Elle mentait au temps, aux lieux, au monde. Elle mentait à son passé, à son présent, à son futur. Mais surtout, elle se mentait à elle-même.

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